BULLETIN N°24 - juillet 2003

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Pourquoi les végétaliens avaient raison
depuis toujours

   
 
  La famine peut être évitée uniquement si les riches arrêtent la viande, le poisson et les produits laitiers.
 
  George Monbiot
  Mardi 24 décembre 2002
  Copyright The Guardian ; traduit et mis en ligne avec permission
 
 
  Les chrétiens ont emprunté le solstice d’hiver aux païens et le capitalisme l’a emprunté aux chrétiens. Mais une caractéristique des festivités est restée inchangée : la consommation de grandes quantités de viande. Cette pratique avait du sens autrefois. Le bétail abattu à l’automne, avant que l’herbe ne disparaisse, se serait sur le point de devenir avarié, et les gens auraient dû survivre encore trois mois privés de graisse. Aujourd’hui, nous avons le problème inverse : nous passons les trois mois suivants à essayer de perdre cette graisse.
 
  Nos excès saisonniers seraient parfaitement intégrables, si nous ne faisions pas la même chose une semaine sur deux de l’année. Mais, à cause du pouvoir d’achat disproportionné du monde des riches, beaucoup de nous peuvent festoyer chaque jour. Et ceci serait bien aussi, si nous ne vivions pas dans un monde limité.
 
  En comparaison avec la plupart des animaux que nous mangeons, les dindes sont des convertisseurs assez efficaces : elles produisent à peu près trois fois autant de viande par livre de grain que le bétail sur pied. Mais li y a encore beaucoup de raisons de se sentir mal à l’aise de les manger. La plupart sont élevées dans le noir, si serrées qu’elles peuvent à peine bouger. Leurs becs sont enlevés avec un couteau chaud pour les empêcher de se blesser les unes les autres. Quand Noël approche, elles deviennent si lourdes que leurs hanches se déforment. Quand vous voyez l’intérieur d’une éleveuse de dindes, vous commencez à avoir de graves doutes sur la civilisation européenne.
 
  C’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de gens sont revenus vers la viande rouge à Noël. Les bœufs d’élevage donnent l’impression d’être des animaux plus heureux. Mais l’amélioration du bien-être animal est contrebalancé par la perte du bien-être humain. Le monde produit assez de nourriture pour les gens et les animaux d’élevage, bien que quelque 800 millions sont mal nourris surtout parce qu’ils sont trop pauvres. Mais, comme la population augmente, une famine globale structurelle sera évitée uniquement si les riches commencent à manger moins de viande. Le nombre d’animaux de ferme sur terre a été multiplié par cinq depuis 1950 : on dénombre maintenant trois humains pour un animal. Les animaux d’élevage consomment déjà la moitié des céréales mondiales, et leur nombre augmente encore presque exponentiellement.
 
  C’est pourquoi la biotechnologie – dont les promoteurs proclament qu’elle nourrira le monde – a été utilisée pour produire non pas de la nourriture, mais du fourrage : cela permet aux fermiers de passer de céréales qui gardent les gens en vie, à la production de récoltes plus lucratives pour les animaux d’élevage. Dans à peine 10 ans, le monde sera confronté à un choix : les cultures arables continuent à nourrir les animaux du monde, ou bien elles continuent à nourrir la population humaine du monde. Elles ne peuvent pas faire les deux.
 
  La crise imminente sera accélérée par la diminution des engrais phosphatés et de l’eau utilisés pour entretenir les cultures. Chaque kilo de bœuf que nous consommons, d’après des recherches des agronomes David Pimental et Robert Goodland, nécessite à peu près 100000 litres d’eau. Les réserves d’eau commencent à s’assécher partout dans le monde, surtout à cause de leur appropriation par les fermiers.
 
  Beaucoup de ceux qui ont commencé à comprendre le caractère limité de la production globale de céréales ont réagi en devenant végétariens. Mais les végétariens qui continuent à consommer lait et œufs réduisent à peine leur impact sur l’écosystème. L’efficacité de la conversion des produits laitiers et des œufs est généralement meilleure que l’élevage de viande, mais même si tous ceux qui mangent maintenant du bœuf se mettaient à manger du fromage à la place, ceci retarderait à peine la famine globale. Comme les troupeaux laitiers et les volailles sont souvent nourris avec de la nourriture au poisson (ce qui veut dire que personne ne peut affirmer consommer du fromage mais pas du poisson), cela pourrait, d’un certain point de vue, même accélérer la famine globale. Le décalage serait aussi accompagné par une détérioration massive du bien-être animal : avec l’exception possible des poulets à rôtir et des cochons élevés intensivement, les poulets et les vaches laitières de batterie sont les animaux de ferme qui semblent souffrir le plus.
 
  Nous pourrions manger des faisans, dont la plupart sont jetés dans la nature après avoir été tués, et dont le prix, à cette période de l’année, tombe à £2 par oiseau, mais la plupart des gens se sentiraient mal à l’aise de subventionner le désir de sang des hourras imbibés de brandy. Manger des faisans, qui sont aussi nourris de céréales, est soutenable seulement jusqu’au point où la demande correspond à l’offre. Nous pouvons manger du poisson, mais seulement si nous sommes préparés à contribuer à l’effondrement des écosystèmes marins et – comme la flotte européenne pille les mers d’Afrique de l’Ouest – à contribuer à la famine de quelques-uns des peuples les plus affamés sur Terre. Il est impossible de ne pas arriver à la conclusion que la seule opinion soutenable et socialement juste est, pour les habitants du monde riche, de devenir, comme la plupart des habitants de la terre, généralement végétaliens, mangeant de la viande seulement lors d’occasions spéciales comme Noël.
 
  En tant que mangeur de viande, j’ai trouvé depuis longtemps commode de catégoriser le végétalisme comme une réponse à la souffrance animale ou une mode des fanatics de la vie saine. Mais, confronté à ces chiffres, il semble maintenant clair que c’est la seule réponse éthique à ce que l’on peut soutenir comme le sujet de justice sociale le plus urgent du monde. Nous nous gavons, et les pauvres se font avoir.
 
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